On est ensemble ! / Portrait #14 : Sara

On est ensemble ! / Portrait #14 : Sara

On est ensemble ! / Portrait #14 : Sara

Pour Kélé, Elisabeth et Emma partent à la rencontre de l’Afrique à Bordeaux. Aux gens que nous croisons, nous leur demandons qui ils sont individuellement (kélé = un, en langue bambara du Mali) mais aussi le ou les projets qu’ils portent de manière plus collective (an bè kélé = nous sommes un / on est ensemble). Parfois le « je » et le « nous » peuvent aussi se superposer.

Ces rencontres, c’est l’occasion pour Kélé de faire connaître une personne, une association, une entreprise, un groupe de musique, un restaurant, un lieu, un évènement, une initiative… Et c’est aussi l’occasion de rassembler autour de notre projet collectif : un Festival Africain Contemporain à Bordeaux en 2018.

Madagascar, mais surtout « les Afriques » à l’honneur, avec Sara, coordinatrice de l’Institut des Afriques !

Bonjour ! Qui es-tu ?
Je suis Sara, et je suis coordinatrice à l’Institut des Afriques (IdAf). C’est une association créée en 2015, qui est un lieu de cultures et de savoirs dédié aux mondes africains. Pour le moment, cet espace est limité à mon bureau installé ici, à Sciences Po Bordeaux, donc les événements organisés sont hors les murs ! Mais il a vocation à s’installer dans un espace dédié, ouvert au public.
Le positionnement de l’IdAf est de rassembler les acteurs qui s’intéressent à l’Afrique dans sa diversité afin de promouvoir un regard contemporain sur les Afriques et leur pluralité : Maghreb, Caraïbes, Océan Indien, etc… Cette démarche se veut transversale, alliant par exemple un regard artistique avec un regard universitaire.
Nous organisons des événements en continu sur l’année, avec un temps fort en janvier, la Semaine des Afriques, dont la 2e édition a eu lieu en janvier 2017. Pour les autres événements, il s’agit de conférences, débats, projections sur tout Bordeaux Métropole : le Rocher de Palmer à Cenon, le Musée d’Aquitaine, la Mairie de Bordeaux, le Cinéma Utopia…

En plus de cette activité professionnelle à plein temps, j’ai monté en 2011 avec des amis une association, ToSoCo, pour Tourisme Solidaire et Communautaire.

D’où viens-tu, quel est ton parcours ?
Originaire de la région, j’ai effectué mes études ici à Bordeaux, à Sciences Po. Spécialisée sur les problématiques de coopération internationale et de développement, j’ai décroché une mission d’un an à Madagascar. J’étais chargée de coopération décentralisée entre la région Aquitaine et les partenaires malgaches de la région Itasy, qui se situe au centre de l’île.
Cette expérience a été marquante pour moi, j’ai eu un énorme coup de coeur ! Ce fut le début d’un profond intérêt et d’une curiosité toujours en éveil pour les cultures du continent africain. J’ai eu ensuite la chance de découvrir un peu l’Afrique de l’Ouest.
De retour en France, j’ai travaillé au sein de collectivités locales. Puis je suis retournée à Bordeaux, pour ce poste au sein de l’IdAf. On est dans la phase de démarrage, passionnante puisqu’il y a tout à faire.

Depuis quand es-tu installée à Bordeaux ?
J’ai étudié 5 ans à Bordeaux, je suis partie, puis revenue depuis 2 ans pour ma prise de poste à l’IdAf, en 2015. Entre-temps, beaucoup de choses avaient changé !

Pourquoi ce choix de Bordeaux ? Qu’est-ce qui te plaît ici?
La ville est attractive par la diversité et la qualité de vie. Je constate toujours avec plaisir que Bordeaux et le Sud-Ouest sont des régions où il fait bon vivre. Ce n’est pas original mais c’est une vérité que je ne me lasse pas de dire !

Dans ton travail au sein de l’IdAf, il y a une dimension collective évidente. C’est important pour toi ce lien social que tu crées ?
Oui bien sûr ! Bordeaux est en définitive une ville assez métissée. C’est dommage que ce brassage ne soit pas plus mis en valeur dans la vie de la ville. Bien sûr, les choses vont en s’arrangeant, mais encore beaucoup d’actions sont à faire !
Pour moi, c’est ce métissage qui fait notre richesse. Alors oui, ça a du sens ! D’autant plus quand on se penche sur le passé douloureux de la ville avec l’esclavage. Et sa difficulté à parfois regarder dans le rétroviseur à ce sujet.

D’ailleurs, cette notion de la différence, des différences est déjà présente dans le choix du nom “Institut des Afriques” et non “Institut de l’Afrique”…
Oui, en effet. Ce serait trop réducteur, il y a plein d’Afriques ! Avec l’exemple de Madagascar, on a une culture proprement de l’Océan Indien. Est-ce que Madagascar a beaucoup de points communs avec le Bénin ou le Maroc ?

Parle nous de Madagascar ! Pourquoi cela t’as autant marquée ? Est-ce que tu as eu l’occasion d’y revenir ? Quel rapport tu entretiens avec ce pays ?
Cette année à Madagascar m’a beaucoup enrichie grâce au foisonnement des cultures asiatique, africaine, arabe et de l’Océan Indien. J’y ai par ailleurs été marquée par l’accueil chaleureux des gens que j’y ai rencontrés.
Oui, j’ai eu la chance de pouvoir y revenir et ainsi entretenir ces liens, dans le cadre de mon projet ToSoCo. En développant une autre forme de tourisme, tout le monde y gagne, dans le respect mutuel de chacun. Le rapport que j’entretiens avec ce pays… Quand j’y retourne, j’y retrouve des amis, des habitudes, des repères, des souvenirs… C’est un peu comme rentrer à la maison !

Quand tu te rends là-bas, est-ce que tu te sens bordelaise ?
Non pas vraiment, par contre Française oui ! Je ne me sens pas spécialement Française ici, alors qu’à l’étranger, c’est le regard de l’autre qui te renvoie le fait que tu es Française. Je trouve ça intéressant d’avoir ce regard en miroir qui interroge l’identité.

Est-ce que tu as des projets là-bas ? Plus tard, tu te vois y retourner, t’y installer ?
Oui, ce projet ToSoCo. Après, m’y installer, pas forcément… Pour le moment, ce n’est pas d’actualité.

L’Afrique d’aujourd’hui, tu la vois comment ? Et celle de demain ?
Je vois toujours un peu l’Afrique en contrastes, comme le continent des complexités, des extrêmes. J’ai l’impression que du jour au lendemain, on est soit très optimiste soit très pessimiste.
Je constate qu’on est dans une période où l’intérêt pour l’Afrique est en train d’exploser. Regarde tous les événements organisés ces derniers mois en France. J’étais la semaine dernière à Paris, j’ai eu la chance d’aller un peu à la Fondation Louis Vuitton, à l’Institut du Monde Arabe, au Quai Branly. Là, il y a notamment une exposition très fouillée sur l’Afrique en tant que continent-carrefour du monde. Pour ne citer que cet événement.
Concernant l’évolution du continent, et je fais une transition avec cette exposition, eh bien l’Afrique est déjà au coeur de bon nombre d’échanges commerciaux, culturels, internationaux… On est dans une dynamique de continent connecté et mondialisé.

Chez Kélé, on a envie de faire changer de regard sur le continent africain. Nous souhaitons montrer une Afrique positive, contemporaine, innovante, sans gommer les spécificités de chaque pays. Concrètement, l’objectif serait de monter un Festival Africain Contemporain à Bordeaux. Ton avis sur ce projet ?
C’est une bonne idée. Mon conseil serait simplement de ne pas oublier de donner la parole aux intéressés. De proposer un mélange entre spécialistes, natifs ou non, et non spécialistes.

Dernière question, as-tu un lieu africain à nous recommander à Bordeaux ?
La première chose qui me vient à l’esprit, c’est la rue qui va de la Victoire aux Capucins. C’est déjà le début d’un voyage ! Sinon, il y le restaurant La Djaf, vers Gambetta ou encore le food truck de Mami Wata !

Interview réalisée pour Kélé par Elisabeth