On est ensemble ! / Portrait #12 : Patricia

On est ensemble ! / Portrait #12 : Patricia

On est ensemble ! / Portrait #12 : Patricia

Pour Kélé, Elisabeth et Emma partent à la rencontre de l’Afrique à Bordeaux. Aux gens que nous croisons, nous leur demandons qui ils sont individuellement (kélé = un, en langue bambara du Mali) mais aussi le ou les projets qu’ils portent de manière plus collective (an bè kélé = nous sommes un / on est ensemble). Parfois le « je » et le « nous » peuvent aussi se superposer.

Ces rencontres, c’est l’occasion pour Kélé de faire connaître une personne, une association, une entreprise, un groupe de musique, un restaurant, un lieu, un évènement, une initiative… Et c’est aussi l’occasion de rassembler autour de notre projet collectif : un Festival Africain Contemporain à Bordeaux en 2018.

Patricia nous a donné rendez-vous dans un petit lieu secret et intime, pour parler slam et poésie, langue des signes, Malaisie et Bénin !

Bonjour ! Qui es-tu ?
Bonjour ! Je m’appelle Patricia Houéfa Grange. Je suis poète, diseuse à haute voix et traductrice. Je m’exprime un peu aussi à travers le dessin et les arts plastiques. Je suis franco-bénino-cap-verdienne.

D’où viens-tu ? Quel est ton parcours ?
Née à Cotonou, au Bénin, je suis venue en France pour mes études supérieures. Mon éducation a, tôt, été tournée vers la France puisque j’ai fait la majorité de ma scolarité au lycée français de Cotonou.
Ma formation initiale est plutôt scientifique ! Mon projet initial était de suivre des études de pharmacie, puis de retourner au Bénin pour exploiter et préserver les plantes médicinales et remèdes traditionnels qui m’ont souvent soignée dans mon enfance. Mais dès le début de cette première année de pharmacie à Bordeaux, j’ai déchanté. Moi qui m’attendais à trouver une certaine curiosité liée à l’esprit scientifique, je suis tombée sur deux mots d’ordre : bachotage et bourrage de crâne.
J’ai donc décidé de revenir à mes premières amours en m’inscrivant dans un cursus Langues Etrangères Appliquées. Sur les conseils de mon entourage, je me suis d’abord orientée vers le commerce international. Mais une fois sur le marché du travail, cela ne m’a pas plu non plus. Au final, en « imposant ma chance », j’ai trouvé le poste dont je rêvais réellement depuis des années. Je suis devenue traductrice au sein du cabinet Hancock Hutton. C’était il y a 10 ans et je ne m’en lasse pas !
Mais ce qui me meut réellement, c’est la poésie, Passionnée par les mots, j’ai toujours écrit. Au collège et au lycée, mes professeurs de lettres et philosophie m’ont fait découvrir et apprécier la poésie, puis m’ont conseillée et encouragée quand j’ai commencé à en écrire. Depuis, elle est ma plus fidèle compagne. J’aime autant l’écrire que la partager, aussi bien à travers mes recueils qu’en la disant à haute voix. L’oralité est une dimension importante de mon travail poétique.

D’où te vient ce goût pour les langues et les mots ?
C’est affectif, je ne saurais pas l’expliquer. Je suis extrêmement sensible aux mots. Un simple mot peut me faire verser une larme, me donner envie de hurler, ou faire battre mon coeur… Il est vrai cependant que j’ai vu le jour dans un environnement multilingue et que j’ai eu une carte de bibliothèque dès que j’ai su déchiffrer mes premiers mots. Dès qu’ils le pouvaient, nos parents nous offraient des livres. De plus, ma Maman est professeur d’espagnol, et mon Papa écrit des contes avec beaucoup de poésie.
J’associe la rédaction, en poésie comme en traduction, à un travail d’orfèvre : choisir le mot juste, ciseler au mieux les vers/phrases pour convoquer le sens, transmettre. Je suis également fascinée par les ponts que les langues ont tissés entre elles. Quand on met les langues en parallèle, on s’aperçoit qu’elles en disent autant voire plus qu’un manuel d’histoire : tel mot est passé dans telle langue à tel moment, a été transformé de telle manière… On retrouve les points d’échanges entre les peuples !

Dans ta poésie, quelles sont tes inspirations ?
Difficile de te répondre. Cela dépend du moment, des ressentis et des rencontres. Au tout départ, adolescente et jeune adulte, la poésie était d’abord et avant tout un journal intime et un exutoire. Elle est réellement devenue un acte de création à part entière il y a environ une dizaine d’années. La plupart du temps, ma poésie tente de tracer du lien, de mettre en résonance, de faire entendre des échos. Elle dit que nos « différences » ne sont que superficielles et invite souvent au voyage, à la rencontre de l’Autre. Dans toutes les facettes de cet Autre.
Et puisqu’on parle de voyage, il y a un peu plus de trois ans désormais, j’ai rencontré le pantoun, genre oral traditionnel du monde malais et à travers lui, j’ai aussi rencontré un pays (la Malaisie) et des amis. C’est une forme à travers laquelle je m’exprime de plus en plus. L’un de mes deux derniers ouvrages est d’ailleurs principalement constitué de pantouns !

Batiks d’hier, batiks d’aujourd’hui,
larmes de cire, papillons en fleurs.
Du Golfe de Guinée à la Malaisie,
batiks d’ici, batiks d’ailleurs.
Extrait de « Une poignée de pierreries », Collection de pantouns francophones présentés par Jérôme Bouchaud et Georges Voisset, Ed. Jentayu, 2014

Quant à mon dernier ouvrage, « Le dit de la Cueilleuse« , publié chez Ngo Editions dans la collection poésie « Esprit Mwènè », il explore les liens entre terre et ciel, matériel et spirituel, visible et invisible, infiniment petit et infiniment grand.


« Ensemble » en langue des signes

Depuis quand es-tu installée à Bordeaux ?
Depuis mon arrivée en France, en 1998.

Pourquoi ce choix de Bordeaux ?
Au tout départ, ce n’était pas un choix. Mes parents connaissaient la ville pour y avoir fait une partie de leurs études, et puis j’y avais des oncles et tantes. Cela les rassurait donc de me savoir ici, entourée et en de bonnes mains ! Après mes études cependant, j’aurais pu chercher du travail ailleurs, mais j’ai choisi de rester à Bordeaux.

Explique-nous pourquoi ? Qu’est-ce qui te plaît ici ?
Il y a avant tout une douceur de vivre incontestable. C’est une ville à taille humaine. Il fait bon y déambuler et s’y perdre. A chaque fois, je découvre de nouveaux détails : une moulure sur un bâtiment, un mascaron, etc… Regarde ce jardin vertical, même toi qui as l’habitude de passer dans la rue d’à côté, tu ne l’avais jamais remarqué !
Et puis la ville offre de plus en plus de possibilités, pour tous les goûts, de jour comme de nuit. Je me souviens, quand j’étais étudiante, le week-end, je me demandais quoi faire, parce que je ne trouvais pas grand chose ; maintenant, je me demande toujours quoi faire, mais parce que je n’arrive pas à me décider dans cette pléthore d’offres culturelles et de sorties ! [rires]
En poète, j’apprécie la richesse des choix de librairies, cafés et de lieux proposant des scènes ouvertes pour la poésie, le slam, les mots dits haut et fort. Pour me poser, pour lire ou écrire tranquillement, j’adore aller aux Petits Mots Bleus Place Jean Moulin ou à l’Espace-Temps, Rue du Loup. Pour les scènes ouvertes, il y avait jusqu’au début de cet été les rendez-vous poétiques du Paul’s Place aux Chartrons, c’est une belle aventure qui est désormais arrivée à son terme, mais qui se poursuivra certainement sous d’autres formes. Sinon, il y a la session slam animée par Marco Codjia au Quartier Libre à Saint Michel le dernier mardi du mois ; les scènes slam régulièrement organisées aux Lectures Aléatoires, pas loin de la Victoire ; et une nouvelle scène slam proposée par Slam’Actif Sans Frontière. Il y a aussi les Mots du mardi, tous les premiers mardis du mois au Poquelin Théâtre, à la Bastide, rive droite.
De manière plus générale, je suis amoureuse de la Garonne ; j’aime me promener le long de ses quais, rives gauche et droite. Je vais régulièrement l’embrasser et partager son souffle. Et j’ai une tendresse toute particulière pour les « nouveaux » quartiers un peu en friche, les quartiers en devenir ou en renouveau, comme les Bassins à Flots et les environs de Darwin.

Tu es donc poète. Tu te définis comme artiste également ?
En effet, je suis d’abord et avant tout poète. On peut aussi dire que je suis artiste dans la mesure où c’est également une forme d’expression de ma poésie. Je m’explique : j’inscris le poème dans l’oralité et dans le corps, ce qui en fait une prestation physique totale et artistique. En général, je m’accompagne d’un ou plusieurs instruments sonores (petites castagnettes, gong, bâton de pluie, kalimba, boîte à musique, appeau à tourterelle, etc.) J’ajoute de plus en plus souvent du chant et des mouvements de danse.
Quand j’en ai l’occasion, je croise ma poésie avec d’autres pratiques. Avec Sylvanie Tendron, une amie vidéaste sourde, nous formons par exemple le Duo Silence Poésie. Nous avons créé « Et alors ? », une lecture poétique bilingue français/LSF, dans laquelle il y a également une chorégraphie silencieuse et un support vidéo. Cela peut paraître paradoxal dans la bouche d’une poète, mais on se frotte parfois à la limite de ce que peuvent dire les mots (rires). Avec Sylvanie, nous allons chercher au-delà un langage visuel/corporel basé sur la langue des signes.

J’aime également travailler avec des danseuses/chorégraphes. Toujours le corps ! J’avais notamment participé à la création du magnifique « Drom Boem » de Lola Moussa et sa Crazy Jazz Company, en écrivant des poèmes, des chansons et quelques dialogues. Et cela fait plusieurs années maintenant que je collabore avec la Cie Tchaka de Virginie Biraud. Déjà cinq créations ensemble !

C’est important pour toi la création ?
C’est ce qui me permet de me réaliser, de me sentir vivante, de donner un sens à ma vie. Créer, c’est aussi rencontrer et échanger. Créer c’est encore donner la vie et donner de la vie. En effet, lorsqu’on écrit un texte, qu’on le dit, qu’il touche l’âme d’un lecteur, d’un spectateur, c’est la vie qui est là. Un texte est organique et agit sur le corps. Un texte est spirituel et agit sur l’âme. Et à chaque fois, c’est la vie qui est là.
Mais la création et la poésie ne sont pas que textes. Elles habitent le monde. Il y a de la poésie dans un plat qu’on a cuisiné et qu’on dresse avec soin sur de la jolie vaisselle, comme un peintre crée une toile. Il y a de la poésie dans les gestes d’un potier ou de tout artisan. Il y a de la poésie dans le dessin et les arts plastiques avec lesquels je renoue depuis quelques années. J’ai redécouvert le plaisir et les possibilités d’expression qu’offrent les feutres, mais aussi les collages, l’origami, la couture, etc., pour créer des oeuvres plastiques.
En écho à Stéphane Hessel, je dirai enfin que « créer, c’est résister ». Cela peut parfois paraître dérisoire, vain, mais face aux tempêtes qui traversent notre monde, créer, c’est rester debout et dire qu’on ne cèdera pas.


« Ami / Amitié » en langue des signes

Tu travailles le plus souvent seule, mais ton travail comporte une dimension collective. C’est important pour toi ces liens que tu crées ?
En effet, écrire, c’est une activité solitaire. Mais mon travail a une double dimension collective. Pour les recueils poétiques que je publie sous le sceau de Mariposa-Editions du Papillon, j’aime associer mes textes aux oeuvres graphiques d’artistes dont le travail me parle. Ce statut de poète m’a d’ailleurs souvent permis de dépasser ma timidité naturelle pour aller vers des personnes que je n’aurais pas osé approcher autrement. Ces rencontres, ces collaborations, enrichissent mes projets. Elles me conduisent parfois à leur donner des directions que je n’aurais pas imaginées ! Et elles m’ouvrent souvent de belles portes. Par exemple, depuis l’enfance, l’Asie me fascine. Grâce au pantoun dont nous venons de parler, j’ai pu enfin me rendre sur ce continent, en Malaisie, l’année dernière. Et toujours grâce au pantoun, j’ai rencontré des personnes comme Georges Voisset et Jérôme Bouchaud, grâce auxquels j’ai pu réellement entamer une activité de traductrice littéraire, en collaboration avec la Revue Jentayu, mais aussi la revue Pantouns et Lettres de Malaisie.
La deuxième dimension collective de mon travail, c’est l’échange avec le public. Quand je déclame mes poèmes, je donne, mais je reçois aussi. Ma prestation se nourrit de l’accueil et de la réaction de mes auditeurs. C’est un échange d’énergie réciproque.
De manière plus générale, c’est important pour moi d’avoir un retour sur mon travail. En effet, dans le monde actuel si rapide, si assisté par ordinateur, si dominé par l’image, en tant que poète, j’ai parfois l’impression d’être Don Quichotte luttant contre des moulins à vent. Alors lorsque je reçois un message de lectrice/lecteur me transmettant ses impressions après voyage dans un de mes recueils, c’est une de mes plus belles récompenses, et c’est encourageant. Souvent, ces personnes me disent que la lecture leur a fait du bien. Alors je me sens utile et j’ai l’impression d’avoir fait ma petite part de colibri.

« Le Jardin de Mariposa », pourquoi ce nom pour ton projet ?
Alors, ce n’est pas le nom d’un projet, mais le titre de mon site internet. D’ailleurs je n’ai pas un mais mille projets en permanence (rires). Je souhaitais un titre qui me ressemble et corresponde à mon état d’esprit, à ma philosophie. Pour moi, le jardin, soumis au cycle des saisons, évoque la notion de renouvellement continu. Quand on s’occupe d’un jardin, on regarde toujours en avant parce qu’on prépare la ou les saisons suivantes. En même temps, sans pour autant regarder en arrière, le compost composé des « déchets » des saisons précédentes nourrit la saison en cours, et les fruits que l’on savoure sont le résultat des semis et plantations antérieurs …. A méditer !
« Mariposa », c’est « papillon » en espagnol. Dans beaucoup de cultures, c’est une créature à la symbolique forte. Je l’ai choisi parce que, dans le sillon de cette symbolique, il représente la transformation perpétuelle, la métamorphose. Il nous rappelle qu’on a plusieurs vies dans une vie. Quoi de plus différent, morphologiquement, qu’une chenille et un papillon ? Pourtant, il s’agit du même être. Nous nous réinventons sans cesse. Jamais « ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre ».
J’ai choisi le terme en espagnol parce que ma première vraie rencontre avec un papillon fut celle du papillon monarque, à travers un documentaire qui m’avait énormément marquée. Et ce papillon passe une partie importante de son cycle dans un « sanctuaire » au Mexique. D’autre part, la rencontre qui m’a poussée à adopter le papillon comme totem est celle de Frida Kahlo pour qui la symbolique du papillon était forte. Papillon était aussi un de ses surnoms.

Tu as donc des origines béninoises. Qu’est-ce que ce pays évoque pour toi ?
C’est le pays où je suis née et où j’ai grandi ! C’est le pays du tout premier cycle de ma vie. C’est le pays qui a nourri le fondement de mon être. Il a une importance affective, émotionnelle très forte pour moi Quand je le convoque, ce sont d’abord les sens qui s’éveillent à travers des odeurs, des couleurs, des impressions… les saveurs de la cuisine ! D’ailleurs, dans mes moments de nostalgie, quand je commence à être atteinte de béninite aiguë, c’est la cuisine qui me manque en premier ! (rires)

Quel rapport entretiens-tu aujourd’hui avec le Bénin ?
La dernière fois que j’y suis retournée, c’était en octobre/novembre 2016, et à ce moment-là, cela faisait 9 ans que je n’y étais pas allée. En fait, lorsque j’y suis revenue, mes souvenirs d’enfance, figés, idéalisés, se sont confrontés à la réalité : le pays ne m’avait pas attendue, il avait poursuivi sa vie. Lui, mais aussi ma famille, mes amis. Je me suis sentie perdue chez moi. C’est une sensation assez étrange. Cela fut parfois douloureux au départ et j’ai dû faire un certain deuil avant d’accepter ce pays tel qu’il existe aujourd’hui, avec ses bons et ses mauvais côtés. Après tout, lui non plus n’a pas dû me reconnaître au départ. Je n’avais plus grand-chose à voir avec celle qui lui avait rendu visite 9 ans plus tôt.
D’autre part, au cours de ce séjour, j’ai participé aux Rencontres Internationales des Arts de l’Oralité (RIAO) organisées par l’association Katoulati de Patrice Toton et je suis montée sur scène pour la première fois là-bas. Beaucoup, beaucoup d’émotions. Et de jolis moments de partage avec le public béninois.

Tu as des projets là-bas ?
Lors de mon dernier séjour, même s’il fut très court, j’ai pu constater que des dynamiques nouvelles étaient à l’oeuvre, dans tous les domaines, dans ce petit pays au potentiel si fort Je n’ai pas de projet réellement défini, mais alors que je ne regardais plus ce pays que de loin, ce retour m’a donné envie de contribuer d’une manière ou d’une autre aux efforts de ces forces en mouvement. Reste à savoir comment.

Et plus tard, tu te vois t’y installer ?
Pas pour le moment. Actuellement, la ville qui est faite pour moi et pour laquelle je suis faite, c’est Bordeaux. Mais je suis ouverte au mouvement. Si un jour, le vent me pousse ailleurs, je le suivrai. S’il me pousse vers le Bénin, alors je repartirai là-bas. Mais j’aime tellement Bordeaux !


« Papillon » en langue des signes

Tu te sens « Africaine » ?
L’Afrique est un continent tellement vaste, avec des pays si différents les uns des autres ! A part le Bénin, j’ai fait quelques séjours au Togo dans mon enfance et un séjour en Côte d’Ivoire dans mon adolescence. C’est peu sur 54 pays ! D’autant plus que je ne vis plus là-bas. J’ai désormais vécu plus longtemps en France qu’au Bénin !
Mais pour répondre à ta question, je me sens Béninoise et par extension Africaine ! Et pour être tout à fait juste, je me sens d’abord et avant tout métisse. Bien que les origines de ce mot ne soient pas plaisantes, c’est celui qui me définit. Je suis du Bénin, de la France et du Cap-Vert. Je suis de ces trois pays, même si je n’ai pas encore rencontré physiquement le Cap-Vert, il m’a été transmis par ma grand-mère maternelle, à travers ses plats, sa langue et ses souvenirs. Mais je suis aussi citoyenne de coeur des pays que j’ai traversés, où j’ai laissé un petit bout de moi et dont je suis repartie avec un petit bout d’eux : Mexique, Malaisie.
L’identité est un état complexe, indéfini, impermanent, en mouvement et transitions perpétuelles. Je suis tous ces pays. Tous ces pays sont moi.

L’Afrique d’aujourd’hui, tu la vois comment ? Et celle de demain ?
Cette question est aussi vaste que l’Afrique !!! C’est d’ailleurs un continent méconnu en Europe. Certaines personnes n’imaginent même pas l’existence d’une classe moyenne, voire de personnes très aisées, dans la plupart des pays d’Afrique !
Je dirais que c’est le continent du troisième millénaire. Outre ses richesses enfouies, jusque là « mal » exploitées, il y a une richesse humaine inestimable : un des « traits » récurrents est certainement une créativité folle et une inventivité à toute épreuve, frôlant le génie, capables de déjouer toutes les situations difficiles. J’ai confiance !

Chez Kélé on a envie de faire changer de regard sur l’Afrique, de montrer une Afrique positive, contemporaine, innovante, de montrer aussi les spécificités de chaque pays. Un Festival Africain Contemporain à Bordeaux, t’en penses quoi ? Ça t’inspire quoi ?
Beau projet ! Mais tout d’abord, je suggérerais de parler plutôt de « Festival de l’Afrique contemporaine », voire de « Festival des Afriques contemporaines » ! Ensuite, je pense qu’il ne faudrait pas négliger la dimension de l’oralité qui traverse tout le continent. Concrètement, il faudrait veiller à ce qu’il y ait des prestations orales telles que des contes, du slam, et pourquoi pas une petite mise en voix poétique ! (rires)

Est-ce que tu penses à un projet, à une idée, à une personne, à une initiative, qui vient du Bénin ou plus généralement du continent, qui véhicule un message positif, et dont tu aimerais parler ?
Toujours sur ce thème de l’oralité, je pense à deux jeunes gens dont j’ai rencontré et apprécié le travail lors des RIAO au Bénin l’année dernière. Il y a un jeune slammeur béninois, Gopal Das Nounagnon, qui dit des textes dans les langues nationales et qui remporte un vif succès :

Et aussi un jeune conteur algérien, Fayçal Belattar, qui a l’art de transformer la grande Histoire en petites histoires pour les petites et grandes oreilles.

Ils pourraient tous deux à mon sens avoir leur place dans le festival si Kélé choisit un artiste pour incarner l’oralité.

Tu as un lieu Africain à nous recommander à Bordeaux ?
Hum, tout dépend de ce que tu cherches. Si tu veux bien manger, je te conseille sans hésiter La Djaf. Si tu souhaites te confectionner un vêtement en wax, bazin ou autre tissu typique, je t’envoie chez mon amie Rosa rue Fondaudège ! C’est elle qui confectionne la plupart de mes costumes de scène. Si tu veux te coiffer, avoir des conseils pour tes cheveux, va voir Larissa du salon Ebenita, cours de la Somme. Et pour danser/chanter/jouer des percus, il y a le MILPA, joli lieu de Norbert Sènou et Caroline Fabre, à Eysines.
Et sinon, quand je me promène à Bordeaux, sur certains tronçons du Cours de l’Yser ou du Cours de la Marne, j’ai l’impression d’être au coeur d’une petite Afrique, avec ses maquis et petits salons de coiffure ! Ca m’a d’ailleurs inspiré cette note de blog.

Interview réalisée pour Kélé par Elisabeth