On est ensemble ! / Portrait #11 : Bénédicte

On est ensemble ! / Portrait #11 : Bénédicte

On est ensemble ! / Portrait #11 : Bénédicte

Pour Kélé, Elisabeth et Emma partent à la rencontre de l’Afrique à Bordeaux. Aux gens que nous croisons, nous leur demandons qui ils sont individuellement (kélé = un, en langue bambara du Mali) mais aussi le ou les projets qu’ils portent de manière plus collective (an bè kélé = nous sommes un / on est ensemble). Parfois le « je » et le « nous » peuvent aussi se superposer.

Ces rencontres, c’est l’occasion pour Kélé de faire connaître une personne, une association, une entreprise, un groupe de musique, un restaurant, un lieu, un évènement, une initiative… Et c’est aussi l’occasion de rassembler autour de notre projet collectif : un Festival Africain Contemporain à Bordeaux en 2018.

De Bordeaux à Niamey et Abidjan, entre Afrique et France, on est allé rencontrer Bénédicte, fondatrice de Train & Travel with Women for Africa !

Bonjour ! Qui es-tu ?
Bonjour ! Je m’appelle Bénédicte Joan, je suis la fondatrice de TTWFA (Train & Travel with Women For Africa), qui est une association qui promeut l’entrepreneuriat au féminin, en Afrique, à travers des voyages d’étude.

D’où viens-tu ? Quel est ton parcours ?
Je suis Bordelaise, et si tu veux savoir mes origines, je suis également Congo-Camerounaise. Mon parcours, que ce soit sur le plan personnel ou professionnel, il est assez chargé d’aventures ! Dès que j’ai eu mon bac, je me suis envolé pour l’Angleterre, pour faire ma vie et découvrir ce qu’était la vie en solo. C’est là où j’ai commencé des études sur le tourisme d’aventure, suivies par des études sur la mondialisation et le développement. Ces études m’ont permis de faire pas mal de stages à l’étranger, assez variés, en Corée, en Iran, au Togo, en Bulgarie et aussi sur le sol anglais.
Mon parcours a ensuite consisté à former des femmes en Afrique, particulièrement en Afrique de l’Ouest, en Guinée, en Sierra Leone et au Liberia, où j’ai formé environ 450 jeunes femmes à ouvrir des petites entreprises. Une expérience très enrichissante, qui m’a aussi permis d’avoir un tremplin sur Kinshasa, où j’ai été directrice de la formation dans un hôtel de luxe et où j’avais aussi en charge pas mal de jeunes qui n’avaient jamais travaillé dans l’hôtellerie. Apprendre à des jeunes qui ne savaient pas ce qu’était l’hôtellerie comment travailler dans un hôtel de luxe, c’était d’ailleurs un très gros challenge pour moi !

Wow ! Corée, Iran, Bulgarie, l’Afrique… Le monde au départ de Bordeaux ! Elle représente quoi pour toi cette ville ? Qu’est-ce qui te plaît ici ?
Bordeaux, c’est la ville où j’ai grandi. Plus précisément à Mérignac d’ailleurs, avant que ma mère ne déménage à Bordeaux, entre la Gare et Bègles. Cette ville, elle représente une sorte de liberté, parce que je m’y suis toujours sentie tranquille, en sécurité, comme si je pouvais me permettre d’y faire ce que je voulais. Et ça encore plus depuis que la ville s’est vraiment développée, ça donne beaucoup plus d’espace, et surtout des moments pour profiter de la ville.
Bordeaux, c’est surtout une ambiance, c’est surtout un accent, c’est le Sud-Ouest, la ville représente vraiment cette région, et encore plus le vin. Quand je pense à Bordeaux, je pense à tous les cours d’oenologie que j’ai pu avoir. Même en étant au collège, on avait des mini-cours d’oenologie ! (rires) Et je me souviens même que j’avais en primaire un petit jeu sur mon ordinateur pour découvrir un peu les terres autour de Bordeaux. Donc voilà, Bordeaux, c’est vraiment mon enfance, et ça représente tout ça !

TTWFA ? wtf ?? Dis m’en plus !
(rires) TTWFA, wtf… Non ce n’est pas “wtf”, mais bien TTWFA, à ne pas confondre ! Former et voyager avec les femmes donc, c’est un peu moi. C’est à dire que c’est promouvoir, surtout le voyage, mais aussi le continent africain, à travers le bénévolat. Encourager les personnes, surtout les femmes, à voyager sur le continent africain. Pour découvrir les challenges que les femmes rencontrent en Afrique, pour briser les stéréotypes sur le travail de la femme sur le continent.. Donc vraiment partager, faire découvrir. Tout ça relie en fait deux choses que je fais beaucoup dans ma vie : voyager, puisque j’ai parcouru pas mal de pays (c’est pas que je compte mais, là je pense que je suis à mon 58ème…), et la formation, puisque c’est mon métier !

Tu penses donc que les femmes, en particulier, ont un grand rôle à jouer pour l’avenir du continent ?
Je pense que tout le monde a un rôle à jouer pour l’avenir du continent africain ! Pas seulement les femmes, les hommes aussi bien sûr. Et ce quelque-soit l’âge, les plus jeunes bien entendu, mais aussi les plus vieux. Par contre je pense qu’il faut qu’il y ait de la parité sur le continent, et même dans le monde, pour que le développement se fasse de manière plus rapide.

En ce moment, tu es au Niger, c’est bien cela ? Tu vois quoi de ton bureau ?
Oui, je suis au Niger. Et là, je suis surtout dans un salon de coiffure, sous un casque, en train de chouchouter mes cheveux ! (rires)

Tu es donc entrepreneure ! Qu’est-ce qui te plaît dans le fait de créer ?
Cette question elle est très intéressante, parce qu’au fait, je ne me considère pas vraiment comme entrepreneure, mais plus comme quelqu’un qui essaye de changer les choses… Alors, est-ce que c’est quelqu’un qui entreprend ? Je ne pense pas, parce que je n’ai pas créé un concept, c’est un concept qui existe déjà. Moi j’essaye juste de le mettre en place dans des zones où les gens ne sont pas encore actifs sur l’entrepreneuriat, la formation ou le voyage.

Tu es donc ce qu’on appelle une entrepreneure sociale…
(elle réfléchit) huuum, d’accord !

Ça se met au féminin d’ailleurs entrepreneur(e) ?
(rires) Je pense que tous les mots dans le monde peuvent se mettre au féminin, c’est juste que la société a décidé de limiter les mots au féminin, mais oui, entrepreneure ça se dit ! Je pense qu’on peut même dire entrepreneuse… et entreprenante aussi, mais ça c’est autre chose ! (rires)

Au départ, tu as donc créé ce projet toute seule, mais il a une dimension collective évidente. C’est important pour toi ces liens que tu crées ?
Effectivement, j’ai créé le projet toute seule au départ. Et puis quand j’ai commencé à voyager, il y a des gens, enfin surtout des femmes, qui ont voulu rejoindre l’association, le mouvement. Et c’est vrai que maintenant, ça prend une autre proportion. Les gens sont toujours un peu curieux de savoir ce que c’est, de comprendre aussi le concept. C’est vrai que ce n’est pas toujours facile de comprendre le concept “voyage en Afrique” parce que ce n’est pas vraiment quelque-chose qui se fait chez les femmes.

Tu disais que tu avais des origines Congolaises et Camerounaises. Qu’est-ce que ces deux pays représentent pour toi ?
Le Congo, je l’ai quitté vraiment quand j’avais 12 ans. Je dis vraiment parce que j’ai passé des vacances au Congo, des années scolaires aussi. A cette époque, je faisais toujours un peu le yoyo entre la France et le Congo.
Le Congo, pour moi, ça représente un pays qui a connu une très grande souffrance coloniale. Et puis ça représente ma maman, surtout ! D’ailleurs, ma maman me le rappelle tout le temps, que je suis aussi Congolaise. Et je dis ça de cette manière parce que ma mère m’a vraiment éduqué dans pas mal de pays. Donc c’est vrai que c’est toujours délicat de dire que le Congo représente quelque-chose pour moi en soit, mais je dirais plutôt que le continent africain représente mes racines. Et je m’identifie à beaucoup de choses dans d’autres pays, même hors du Congo…
Donc voilà, je ne suis pas si attachée que cela au Congo. Par contre je suis attachée à la Guinée. C’est vraiment bizarre, parce que je ne suis pas Guinéenne, mais j’ai habité en Guinée, j’ai côtoyé des Guinéens, et donc aujourd’hui, si il y a vraiment un pays africain dont je me sens proche, ce serait vraiment la Guinée ! Tu t’attendais peut-être pas trop à cette réponse, mais voilà ! (rires)

Tu te sens « Africaine » alors ?
Je suis afropéenne !
(ndlr : le terme “afropéen” qualifie le fait d’être noir et né en Europe)

Et quand tu te rends sur le continent, ou plus généralement quand tu es en voyage, tu te sens Bordelaise ?
Gavé !
(ndlr : pour les non Bordelais, “gavé” est une expression très locale qui remplace souvent “très”, ou “trop” ou qui est même souvent utilisée telle quelle. Très vite adoptée par les néo-bordelais, un peu comme « chocolatine »…)

En général, on demande aux gens s’ils se voient aller s’installer dans leur pays d’origine sur le continent… Toi tu n’es pas au Congo ou au Cameroun, mais tu es tout de même en train de t’installer ici. C’est important pour toi de venir monter des projets sur le continent, de participer à son développement ?
Aujourd’hui je dirais que je vis dans deux endroits différents, sur le continent africain et sur le continent européen. En Europe plus précisément à Bordeaux, et en Afrique je suis un peu “sdf”. Je fais des séjours réguliers sur le continent, mais je n’ai pas de pied-à-terre ici, contrairement à Bordeaux. C’est ici que je peux sortir de chez moi le matin en pyjama pour aller chercher du pain et c’est ici que je resterais !

L’Afrique d’aujourd’hui tu la vois comment ? Et celle de demain ?
L’Afrique d’aujourd’hui, c’est… It’s a big mess ! Un gros foutoir. Et demain ? C’est à dire demain ? Demain dans 10 ans, ça sera toujours un foutoir. En tout cas en ce qui concerne, je dirais, 70% de l’Afrique… Et il y a beaucoup de raisons à cela. Le développement du continent africain, c’est d’abord très politique ! Et puis les réalités, tu les vois bien plus quand t’es en Afrique, comment les choses fonctionnent, un mélange entre traditions et développement, c’est encore très confus !

Au milieu de tout ce “big mess”, il y a bien des choses positives, non ?
Au fait, je te réponds ça parce que ta question concernait l’Afrique. Mais si tu me demandes un pays en particulier, comme la Côte d’Ivoire, dans 10 ans je la vois super développée, parce que les choses bougent beaucoup, et de manière super positive. Et les gens aussi sont positifs !
Donc bien sûr qu’il y a des choses positives, et c’est pour cela que je me concentre sur des pays en particulier, et une certaine région qui est l’Afrique de l’Ouest.

Et au Niger, c’est différent du coup ?
Au Niger il y a beaucoup de choses positives. Justement parce que vu que les mentalités sont en train de se mélanger avec le développement, les choses bougent d’une manière assez excitante et positive. Surtout au niveau de la question du genre, où les gens se réveillent, et se disent que c’est ensemble qu’on pourra avancer.

C’est une belle transition avec notre projet ! Chez Kélé on a envie de faire changer de regard sur l’Afrique, de montrer une Afrique positive, contemporaine, innovante, de montrer aussi les spécificités de chaque pays. Un Festival Africain Contemporain à Bordeaux, t’en penses quoi ?
C’est une très très bonne idée, surtout compte-tenu du passé de Bordeaux, qui est très lié au commerce des esclaves. Moi, ça m’inspire beaucoup de choses liées à ce passé, et comment justement la ville oublie son passé, et embrasse aussi une Afrique qu’elle a fait souffrir.
Il faudrait vraiment pouvoir promouvoir les cultures des différents pays qui ont été touchés. Donc ça m’inspire vraiment quelque-chose de culturel, surtout vu comment Bordeaux bouge en ce moment. Ce que je voudrais y voir, ce sont des concerts, avec des artistes qui inspirent. Je voudrais y voir aussi des débats, sur la relation France-Afrique, et puis bien sûr, des petits ateliers, des petits stands où tu peux acheter des choses de créateur.

Merci, on arrive à la fin, tu es toujours au salon de coiffure là ?
(rires) Je suis à Paris !

Un lieu Africain à nous recommander à Bordeaux ?
Le quartier des Capus, toute l’Afrique s’y trouve !

Un projet auquel tu penses, en rapport avec l’Afrique, avec un pays en particulier, ou une belle initiative dont t’as envie de parler ?
My Chic Africa sur Instagram ! Je pense aussi à Yasmine, une foodie qui tient le blog Journal d’une Foodie.

Interview réalisée pour Kélé par Thomas